Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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LA PARABOLE DES AVEUGLES – Brueghel l’Ancien -1568


L’art s’arrête où cesse l’admiration
Victor CherbuliezLes études de littérature et d’art (1873)

 

L’ADMIRATION
Texte de JPH

Bien qu’à l’indice du pouce levé, elle soit mal notée par la bobo-pensance, l’admiration a encore ses adeptes et j’en fais partie. En balade sur internet, les définitions éclairées du mot invitent l’admirateur à se réveiller et à enfourcher les lunettes de la lucidité afin d’atténuer l’effet aveuglant de sa fébrile exaltation. Tant pis, je le répète, j’aime admirer. Pour mesurer la chaleur de mon enthousiasme, je dispose même d’un thermomètre infaillible. Il suffit qu’un objet, un son, une œuvre, un acte exceptionnel m’émerveille pour que, saisi du désir de me surpasser, je me mette au travail. Je retrouve ainsi le cœur à l’ouvrage perdu lors de ma dernière visite d’un des innombrables et innommables centres voués à la dictature de l’art dit contemporain.Des visites qui me laissent découragé et bras ballants… aquoiboniste. Un sujet tragi-comique que je développerai certainement une fois dans le carnet de bord de ma nef des fous.

Mais place aujourd’hui au bonheur de savourer des chefs-d’œuvre. Dans le domaine des arts visuels, auquel j’ai consacré une grande partie de ma vie, les artistes et les œuvres exceptionnels sont paradoxalement très nombreux. Une encyclopédie n’en donnerait qu’un pâle résumé. Impossible donc de faire un tour complet des prodiges qui ont été conservés au fil de l’Histoire. Pour illustrer mon propos, minimaliste, je n’ai retenu que deux reproductions. Celle de la fameuse peinture de Brueghel l’Ancien intitulée La parabole des aveugles, peinte en 1568, et la gravure Rainman que l’artiste slovaque Igor Piacka a créée en 2004 pour les abonnés de mes Éditions Contraste. J’ai aussi joint à ce message un lien sur l’enregistrement d’un concert donné en 1964 par le formidable compositeur et interprète de jazz Dave Brubeck (1920-2012), dont le père Peter Brubeck était un éleveur de bétail d’origine suisse. Une musique qui devrait transporter les “personnes à risque” au Chess Bar entre 1964 et 1965.

Parmi tant de belles créations, j’ai choisi La parabole des aveugles de Brueghel l’Ancien pour éclairer mon propos parce que, à mon avis, et malgré les siècles qui nous séparent de sa création, elle a conservé tout son sens. La toile met en scène la parabole des aveugles de l’Évangile: Laissez-les: ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou ! (Mathieu 15,14). Avec les spectateurs amateurs de feuilletons, j’ai envie de voir comment se termine la scène peinte par Brueghel. Les six aveugles, la main sur l’épaule de celui qui le précède ou tenant son bâton, tomberont-ils tous dans le trou ? Je ne crois pas. Celui qui est en troisième position sait déjà que ses deux compères ont chuté, et nous lisons l’angoisse de ceux qui le suivent. Le personnage qui est encore debout s’arrête et crie: arrêtez-vous, Jean et Pierre sont tombés! Désemparés, les quatre aveugles, immobiles, attendent un guide… un guide capable de les conduire. 

Téléportons-nous au mois de janvier 2020. Le monde entier est tombé malade, zut, pas de chance! Sûrs des compétences de leurs conseillers, transhumanistes pratiquants dont le cerveau et le cœur sont assistés par les meilleurs ordinateurs, ceux qui conduisent le civilisé mondialisé se sont donnés la main pour terroriser les populations et humilier les sceptiques, avant même qu’ils aient seulement émis un doute sur leur manière de gérer ce qui a été qualifié de pandémie. Avec émotion, la peinture de Brueghel nous montre le douloureux destin de ceux qui, aveugles, sont conduits par des aveugles. Notre actualité est bien sûr différente, mais le délire dictatorial mis en place à des degrés divers dans les orgueilleux pays progressistes interroge même les citoyens les plus crédules. Ceux qui nous conduisent seraient-ils par hasard aveugles ou nous égarent-ils en connaissance de cause? La réponse compte peu, car si nous les suivons nous serons perdus comme les aveugles de la puissante œuvre du peintre brabançon.


L’admiration est un ancien tribut qu’on ne paye plus. On ne cherche plus à la mériter aujourd’hui, parce que personne n’en veut plus accorder ; les niveleurs ont tout rabaissé afin de tout réduire à leur taille
.

Chauvot de Beauchêne – 1749-1824 – Les maximes, réflexions et pensées diverses (1819)

Quel visionnaire, ce Monsieur Chauvot de Beauchêne ! Aujourd’hui en l’an 2020, les descendants des niveleurs du XIXe siècle sont solidement installés à l’ombre des puissants. Qu’ils soient fantômes, zombies, ou de chair et de sang vêtus, ils errent inlassablement dans les couloirs fréquentés par les dirigeants en tous genres, en quête perpétuelle d’argent pour financer leurs projets de mise en œuvre du plus petit dénominateur commun égalitaire. Leur réussite est spectaculaire dans les microcosmes intellectuels et auprès des médias de masse. Heureusement, la résistance s’organise…

 

Igor Piacka – Peintre et graveur slovaque photographié devant l’une de ses œuvres


Avec Igor Piacka, vous faites la connaissance d’un des artistes contemporains dont j’admire les peintures et les gravures.

Pendant 25 ans, j’ai édité une ou plusieurs estampe(s) d’une cinquantaine d’artistes différents. Ce fut ma façon de leur témoigner mon estime. J’ai ainsi visité les cinq continents à travers leurs œuvres. Autant de rencontres et d’aventures picturales qu’il serait peut-être intéressant de raconter. Igor Piacka a été l’un d’eux. À la parution, sa gravure Rainman avait inspiré un excellent texte de notre ami, le journaliste et écrivain Philippe de Bellet. Vous le trouverez plus bas, sous la reproduction de la gravure.


Igor Piacka – Raccourci biographique

1962-8-10 – Naissance à Třebíč (République Tchèque)
1983-89 – Étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava (Slovaquie), Département de graphisme libre illustration (Professeur Albin Brunosky)
1987-88 –  Étudie à l’Académie des Beaux-Arts à Bruxelles (Belgique)
1990- 2003 – Professeur assistant à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava, Département des Arts Graphiques
2003 – Travaille en qualité d’artiste indépendant

Depuis 1990 – Plus de cent expositions individuelles (Bratislava, Prague, Londres, Moscou, New-York, Shanghai, Tokyo…). Ainsi que de nombreuses expositions collectives partout dans le monde.

Récompenses — Depuis 1985 – 35 prix pour ses créations graphiques (Ex-Libris, Peintures, Timbres-poste et Illustrations (Bratislava, Prague, Belgrade, Paris, Uzice, Toronto, Sapporo, Qingdao, Kanagawa, Pékin…)

Œuvres présentes dans plusieurs collections privées et aussi dans des Galeries et des Musées et internationales en Slovaquie et à l’étranger

Pour voir d’autres œuvres – https://www.facebook.com/Igor.Piackart/

 

 

RAINMAN
Gravure d’Igor Piacka – Slovaquie – Abonnement artistes européens – Contraste Éditeur – 2004
Texte de Philippe de Bellet


Les gens se courent après, nous courons après nos rêves dans lesquels tout cohabite, se croise, se frôle ou s’entremêle et s’interpénètre. Sublimes et folles visions, libérées des entraves de la pensée contrôlée, structurée, organisée, censurée. Tout est désormais possible, tout s’y produit, tout s’y transforme: ce que l’on espère et ce que l’on redoute. Même ce à quoi nous n’avions jamais accordé une once d’attention. Et contrairement à la réalité dans laquelle, éveillé, on est plongé, l’univers du rêve s’impose à nous sans que nous puissions y influer en aucune manière que ce soit. Le rêve, lui, est libre, nous pas.

Lumière et ombres, silhouettes et personnages identifiables, chutes et ascensions, espoirs et désillusions, menaces et promesses. Les petits personnages en séquence dont est constellé «Rainman», engagés dans leur ballet aérien – mais peut-être s’agit-il d’une danse rituelle, voire initiatique – ne font-ils pas aussi penser aux damnés de Jérôme Bosch, chutant et se débattant en vain dans la géhenne ? Jusqu’où dure le rêve avant de basculer dans le cauchemar, comme le bien dans le mal, la lumière dans l’ombre ou la nuit ? Inquiétant et fascinant.

Et qu’augurent ces signes symboliques qui égrènent, eux aussi, tant le chasseur mystérieux que sa proie – à moins qu’il ne s’agisse de sa conquête, voyez son doux sourire ! Notre ami graveur nous annonce l’heure grave.

 

 

COURRIER DES LECTEURS

deux remarques après ce très intéressant mail.
l’admiration qui agit est la seule qui puisse avoir une valeur. souvent on se contente d’admirer mais même la raison qui nous pousse à admirer ne semble pas mériter notre attention profonde et notre réflexion. on se contente  de l’éclat que cela nous fait, un aveuglement  sans intérêt.
l’autre remarque c’est que tu soulèves en passant juste comme ça l’énorme problème qu’est la mainmise affairiste et capitaliste sur l’art et il ne s’agit pas que de  prix de tableaux mais d’un contrôle global sur ce qui est beau… et de ce que l’on doit admirer finalement.
quant à la crise du Covid, il est de plus en plus évident qu’il s’agit d’un muselage du lien social.

merci pour la découverte Piacka
bon dimanche grave homme

colette maillard

ENTRE TERRE ET MYSTÈRE  – Technique mixte – Texte et image JPH – 2003-2006


Disproportionnée

Dans l’immensité infinie de la voûte céleste,
Une planète bleue capte mon attention.

De ce reflet flou de notre terre,
J’attends, sans trop y croire
Que vienne la lumière
Sur le mystère de nos vies.

Paru en 2018 dans la monographie intitulée ANACHRONIQUES, Jean-Pierre Humbert
Pour plus d’informations ou pour commander le livre,
cliquez sur ce lien

 

Actuellement à la galerie

HILANDAR le LAMENTO – EXPOSITION BRANISLAV MAKES – Peintures et gravures
ЛАМЕНТ НАД ХИЛАНДАРОМ – изложба Бранислава Макеша – слике и графике

Ouvert du vendredi 11 septembre au dimanche 11 octobre 2020
vendredi et samedi de 14 à 18 heures, et dimanche de 14 à 17 heures
Plus d’informations: https://jphumbert.ch/hilandar-le-lamento/3577/

CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH 

 

L’entrée de la galerie à la Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg – 078 875 96 66 – www.jphumbert.ch

SOCIÉTÉ ANONYME – Lithographie – JPH – 1999


Ci-dessous, le texte que ma lithographie SOCIÉTÉ ANONYME avait inspiré à Irenka Krone. C’est un des 47 écrits publiés dans mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Pour plus d’informations ou pour commander le livre, cliquez sur ce lien

Infatigable promotrice du “Jobsharing”, Irenka est aussi l’auteure d’un roman intitulé SANS RACINE. Ma lithographie SOCIÉTÉ ANONYME avait fait la couverture de ce livre.

 

SOCIÉTÉ ANONYME
Texte de Irenka Krone
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Amalgame de pensées parmi cette masse de corps entassés.
Qui dirige ces êtres qui se croisent, ces pieds qui se heurtent et ces regards figés ?
Villes, métropoles ou hangars bondés.
Soupirs, stupeurs, rires et pleurs.
Entends-tu le silence des parois d’où la foule cherche à s’évader ?
Le souffle de celui qui n’arrive plus à respirer ?

Néant. Noir, vert et blanc. Vide dans un monde aseptisé où toute forme est homogène. Sans différenciation où la ressemblance fait place à l’ignorance.
Discipline, ordre et volonté.
Où vas-tu individu prisonnier d’un esprit tourmenté ?
Avenues, espaces et ruelles combles.
Pourquoi ne quittes-tu pas ce lieu stérile et organisé ?
Obsession, dictature et pensée unique dans un monde où rien ne permet de s’en libérer.
Entends-tu les pas de celui qui marche à côté de toi ?
Sens-tu la présence de celui qui se trouve derrière toi ?
Mensonge, dérision et jeux politiques.
Pouvoir, abus et réflexions cyniques.
La foule te domine sans que tu le remarques. Anodine, sourde, sophistiquée.

Nier. Ignorer ou oublier. La pression augmente dès que tu la frôles.
Dépendance, compassion et envie.
La foule t’étouffe sans que tu puisses l’arrêter.
Elle t’écrase comme tu blesses la fourmi sous tes pieds.
Ils, elle, lui, toi et moi. Qui sommes-nous ?
Qu’as-tu fait pour t’en protéger ? Où étais-tu lorsqu’elle te dictait sa pensée ?

Yeux fermés sur une masse humaine.
Brouhaha sans fin où la voix se perd dans une vague de sons.
Chambres et mansardes pleines.
Corps emmitouflés et membres frêles.
La foule avance d’un pas régulier, nonchalant ou pressé.
Arrives-tu à freiner son rythme ? À résister à cette force qui te semble inébranlable ?

Maintenant ou jamais. Si tu veux y échapper, arrête-toi quelques instants.
Reprends ton souffle ! Observe cet être là au milieu de la foule.
Ses traits fins, son corps fragile et son vêtement pendu à son épaule.
Pureté, liberté, intégrité.
Insouciance et légèreté.
Son corps est là, présent et distant comme si sa pensée s’en était détachée.

Espoir, force, indépendance.
Ses yeux observent et son sourire se dévoile.
Existe-t-il vraiment ou n’est-il qu’un désir inaccessible ?
Sa silhouette se démarque des autres, son corps est vêtu de blanc.
Distance, résistance et délivrance.
Est-ce toi cet être libéré ?

 

CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH – Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg

INVITATION AU VERNISSAGE

HILANDAR le LAMENTOEXPOSITION BRANISLAV MAKES – Peintures et gravures
Vous êtes cordialement invités à participer au vernissage de l’exposition
le vendredi 11 septembre 2020 à partir de 17h00
Pour les personnes qui souhaitent éviter l’heure de pointe du vernissage
La galerie sera ouverte dès 14 heures

ЛАМЕНТ НАД ХИЛАНДАРОМизложба Бранислава Макеша – слике и графике
Позивамо Вас на свечано отварање изложбе
у петак 11 Септембра 2020 од 17 и 30 часова

Ouvert du vendredi 11 septembre au dimanche 11 octobre 2020
vendredi et samedi de 14 à 18 heures, dimanche de 14 à 17 heures
Plus d’informations: https://jphumbert.ch/hilandar-le-lamento/3577/

HILANDAR, l’incendie – 2004 – Peinture de Branislav Makès

 

AU FEU !

Chaude ambiance sur la planète Terre: brûlent forêts, villes et villages… brûlent chapelles, églises et cathédrales…

Située sur la route des conquérants de tous poils, la Serbie a régulièrement été mise à feu et à sang depuis des siècles. Ottomans, communistes, otanistes et autres philanthropes, ont en bonne conscience écrasé et massacré ce peuple épris d’indépendance et de liberté. Chaque fois, arc-boutés sur leur tradition orthodoxe, les serbes ont relevé la tête.

En 2004, quand le monastère Hilandar, symbole séculaire de leur identité a été en grande partie détruit par le feu, les fonds pour le restaurer ont afflué de Serbie. Cette catastrophe avait profondément attristé Branislav Makès et l’avait incité à entreprendre une suite de peintures consacrées à l’incendie du monastère.

Contemporaines, ses représentations de la destruction sont esthétiquement inspirées par l’art médiéval Byzantin. Un chant pictural à voir et à admirer du 11 septembre au 11 octobre 2020 à la Galerie Contraste.

 

 

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 1

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 2


Branislav Makès

est né le 4 janvier 1938 à Sabac en Serbie. Il est mort le 26 juillet 2020 à Belgrade.

En 1962, avec Bogdan Krsic et d’autres graveurs, il fut membre fondateur du fameux groupe de graveurs ULUS. En 1964, il obtenait le diplôme de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade, dont il deviendra plus tard professeur ordinaire. Pendant toute sa carrière d’enseignant, il a incessamment produit et exposé ses peintures et ses gravures. Depuis 2008, il est retraité et il poursuit ses expérimentations picturales jusqu’à son tout récent décès, le 28 juillet 2020.

L’exposition «Hilandar, le lamento» de la Galerie Contraste est sa cinquantième exposition personnelle. Il a notamment montré ses œuvres, en Hongrie, Autriche, Espagne, France, Suisse et en Italie.

En 1967, il obtient le prix de gravure du Musée Albertina à Vienne. Il fut aussi Lauréat du Prix du Salon d’Octobre du Musée de Sabac et du Prix du Mémorial Milena Pavlovic Barili à Požarevac. En 1997, à Uzice, il est honoré pour l’ensemble de son œuvre gravé.

Ses productions sont présentes dans tous les principaux Musées de Serbie ainsi qu’au Musée d’Art Moderne de New-york et au Musée Albertina de Vienne, et chez de nombreux collectionneurs.

Il a notamment réalisé dix mappes et coffrets de gravures sur divers thèmes et de nombreux catalogues d’exposition sont consacrés à ses travaux.

 

Ci-dessus, pour ceux qui lisent et comprennent le serbe, l’hommage du quotidien POLITIKA rendu à Branislav Makès, un article de Liliana Cinkul

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

HILANDAR –  Monastère orthodoxe serbe du Mont Athos – Photo trouvée sur internet

 

HILANDAR, raccourci historique
Fait en partie avec des informations empruntées à Wikipédia

Le monastère Hilandar est un des vingt monastères orthodoxes de la République Monastique du Mont Athos et, à ce titre, bien que de langue serbe, il relève de la juridiction du Patriarcat de Constantinople. Il est aussi appelé Le Monastère Serbe du fait que ses fondateurs et la plupart des moines étaient d’origine serbe. Aujourd’hui, Hilandar constitue l’un des plus grands sanctuaires religieux et culturels pour le peuple serbe.

Le monastère fut construit la première fois à la fin du Xe siècle par le moine grec Georges Chélandaris. Abandonné à la suite d’attaques de pirates, il fut refondé en 1198 par le roi serbe de l’époque, Stefan Nemanja, qui devint Saint Siméon, et par son fils, Rastko Nemanjic qui choisit la vie monastique et qui est connu sous le nom de Saint Sava. Au fil du temps, ils absorbèrent d’autres monastères abandonnés des environs. Le monastère renferme des trésors d’une importance capitale pour le monde chrétien dans son ensemble. Ils ont trouvé refuge en ses murs après la conquête de la Serbie par les turcs, en 1459.

Le monastère, est une fondation royale de la dynastie serbe des Némanjides. En 2004, un incendie accidentel l’a endommagé de manière significative, détruisant environ 40 à 50 % de sa surface au sol. Les dégâts étaient considérables, bien que l’essentiel de ses richesses (fresques, icônes, reliques, bibliothèques et objets de culte) aient été sauvées. Il a été presque totalement rénové, grâce notamment au soutien de fonds venus de Serbie. Cet incendie précède de quelques jours la destruction de trente églises et monastères serbes orthodoxes au Kosovo, s’ajoutant à la démolition et au saccage de plus de cent vingt édifices sacrés depuis juin 1999 dans cette même province. Il s’agit de pertes désastreuses pour l’Eglise orthodoxe serbe, gardienne d’un patrimoine essentiel pour la chrétienté et l’humanité entière.

En août 2012, un puissant incendie a ravagé le nord du Mont Athos, menaçant la ville d’Ouranopolis ainsi que le monastère. À la demande du ministre de la culture de Serbie, le ministère de l’intérieur serbe envoya des pompiers serbes pour défendre le monastère. Le 12 août, après des semaines de canicule, alors que l’incendie se trouve à moins de mille mètres du monastère, il se met à pleuvoir. Cette fois, l’intervention conjuguée des pompiers et de la pluie sauva le monastère.

 

HILANDAR –  L’incendie de 2004 – Photo trouvée sur internet

 

En marge de l’exposition des œuvres de Branislav Makès, nous consacrons un peu de l’espace de la galerie aux créations de quatre artistes serbes que nous avions déjà exposés et dont nous avions édité une ou plusieurs gravures. À l’exception de Zeljko Djurovic, ce sont des proches de Branislav Makès.

 

Bogdan Krsic 1932 – † 2009
Diplômé et Docteur de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade, iI fut membre fondateur de l’association Graficki Kolektivn. Professeur et responsable de la faculté des Arts Appliqués et de Design de l’Université de Belgrade de 1962 à 1997, iI est surtout connu et reconnu pour ses créations gravées en taille-douce, ses illustrations, ses conceptions de livres, ses scénographies et ses céramiques.


Zeljko Djurovic
Est né le 12 décembre 1956 à Danilovgrad au Monténegro.
Il est diplômé de la Faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade. Graveur et peintre, il travaille en indépendant depuis la fin de ses études. Il est membre du groupe ULUS et de l’association Ex-Libris de Belgrade. Son travail a été distingué à de nombreuses reprises.


Jugoslav Vlahovic
Dessinateur de presse serbe, né en 1949 à Belgrade, il est diplômé de la faculté des Arts Appliqués de Belgrade. Illustrateur prolifique, il est engagé en 1976 au magazine NIN. Ses dessins sont aussi publiés par le New York Times, le Wiener Zeitung, la Repubblica ou encore le Sonntagsblatt. Il fut aussi le guitariste du fameux groupe «Porodicna Manufaktura Crnog Hleba» et professeur à la faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade jusqu’à sa récente retraite.


Iljia Knezevic
Est né en 1957 à Belgrade
Diplômé et Docteur de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade section typographie et gravure. Actuellement, il est professeur ordinaire de typographie, section atelier du livre et gravure dans cette institution.
Il pratique aussi avec talent, le difficile art de la gravure à la manière-noire. Jusqu’en 2008, il a régulièrement exposé ses diverses créations. Il a obtenu plusieurs prix prestigieux.

 


LA TRACE – Lithographie – JPH – 2000


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un écrit d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, le texte de Mirko Humbert qui illustre ma lithographie LA TRACE.

Mirko Humbert est graphiste et créateur de sites internet indépendant (le contacter). Il anime aussi plusieurs blogs en anglais ou en français. Les plus populaires sont Designer Daily et Typography Daily  ainsi que le site Estampes Japonaises. Il écrit également sur différents sujets pour d’autres sites, principalement sur des thématiques liées aux nouvelles technologies (son dernier article sur Domaine Public).

 

LA TRACE

Par Mirko Humbert
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Le son précède souvent la trace, il nous prépare à son arrivée. Dans bien des cas, un «bam», un «ploc» ou un «prout» est suffisant et permet parfois même d’identifier la nature de l’empreinte.

Dans cette estampe, on attend désespérément ce bruit annonciateur de trace, ce “scritch scratch» qui écorchera notre regard. Rien à faire, l’œuvre reste muette. La foule emprisonnée retient ses cris. Les silhouettes sont aveugles, sourdes, muettes, dénuées de sens. Le doute s’installe, entendra-t-on jamais ce grondement salvateur ?

Désorienté, on continue de tendre l’oreille au lieu de simplement observer ce personnage qui se dirige vers la sortie. Sans se soucier des autres, il évolue à son rythme et se laisse emporter par la brume ambiante. Disparu dans la marge, il n’est plus qu’un souvenir, une ride qui cadence la lithographie. Par son passage, il a créé une œuvre, cette œuvre qui l’a créé.

 

LARGUEZ LES AMARRES – Lithographie – JPH – 1994

 

Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG.
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un écrit d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, le texte de Jacques Barberis qui illustre ma lithographie LARGUEZ LES AMARRES.

Collaborateur du Comité International de de la Croix Rouge, coutumier des points chauds de la planète, Jacques Barberis travaille actuellement en Afghanistan. Amateur de peinture, grand connaisseur de la gravure, curieux, inspiré, il est aussi organisateur d’expositions de peinture et de gravure, Jacques a la faculté de dénicher de formidables artistes là où le commun des mortels ne trouve que du sable. Je lui dois quelques découvertes comme celles d’Aleksandr Kalugin et d’Aleksandr Kolokoltsev, des artistes dont j’ai édité des gravures et exposé les œuvres, avec son aide.  

 

LARGUEZ LES AMARRES
Aussi intitulé L’APPEL DU LARGE

Par Jacques Barberis
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert


Une fois encore, Jean-Pierre Humbert et Fribourg. Les comptes, qui font les bons amis, ne sont pas encore rendus ! Les rapports restent tendus, et l’on pense malgré soi à Chessex, cet «étranger» protestant qui, occupé à en découdre avec elle, fait tout de même de cette vieille ville un lieu de passions et de drames. Rien de tel chez Jean-Pierre Humbert, pourtant rejeton de ces murs, sous la patte duquel Fribourg est souvent désincarnée, minéralisée, vidée et statique.

Ici, une fois de plus, la « basse » devient la «haute», mais ce n’est que pour mieux être excisée, tissu mort, du vivant organisme urbain. En point culminant, la cathédrale, mère des Institutions, tient fièrement son rôle nouveau de mât ou de tour de contrôle. Seul rescapé de la modernité, un hôtel cubique et sans toit peine à la concurrencer. Mais l’ensemble est instable, plus bateau ivre que paquebot, sans passagers ni équipage.

A la poupe ou à la proue, passerelle inutile, l’un de ces ponts qui ont fait la gloire de la cité résiste, appendice incongru. S’il s’écroule, rupture d’anévrisme, c’est l’asphyxie et l’adieu aux derniers espoirs d’accostage. Or aucun port n’est en vue !

Seule la mer semble vivante, houleuse, démontée même, et écumante : contraste frappant entre un monde minéral et fier, prêt à défier des siècles encore, et un élément capricieux et polymorphe. Le paquebot a déjà perdu la partie cependant, il ne tiendra plus longtemps, chargé d’un poids trop lourd et mal réparti. Il semble d’ailleurs déjà s’être échoué sur le fond, monolithe livré à l’érosion des vagues.

Qui donc a lancé l’ordre de larguer les amarres, scellant ainsi le sort de l’embarcation ? L’inconscient se trouve-t-il sur le pont, ou est-il resté à quai ?

Son regard extérieur ( détaché ? ) jeté sur le paquebot trahit l’auteur : les deux pieds sur la terre ferme, il a choisi le « bon côté » et il assiste, comme le spectateur, au départ des vestiges d’un monde condamné à disparaître, pittoresque mais anémié, réduit à un simple décor. Et avec lui, le naufrage inévitable d’un ordre archaïque, pourtant bien établi encore, et l’anéantissement d’un pont, dernier cordon ombilical, qui de toute façon perdrait dans peu de temps sa raison d’être, remplacé par une autre œuvre projetée dans le monde des vivants.

Alors, Humbert l’anarchiste veut-il vraiment larguer Fribourg ?

 

LARGUEZ LES AMARRES
Texte de Jean Steinauer rédigé lors de la parution de cette lithographie en 1994

Jean Steinauer, né en 1946, a travaillé quinze ans comme rédacteur politique puis journaliste libre pour plusieurs médias de Suisse romande, avant de fonder à Lille une petite agence de presse puis de se consacrer à des activités de formation pour les syndicats genevois. De retour en 2001 à Fribourg, sa ville natale, il a délaissé le journalisme et les activités de communication pour se consacrer à la recherche historique, ainsi qu’à l’écriture et l’édition d’ouvrages de ce domaine. Parmi ses rares livres de fiction, un recueil de Contes et légendes à 3 ou 4 essieux composé en 1989 à l’instigation de ses amis Pierre et Charles Friderici. (Présentation empruntée au site de Bernard Campiche Éditeur)

 

Libre aux géologues de croire que les terrains sont stables et que les villes reposent de tout leur poids sur des couches superposées depuis des millénaires.
Et les géographes peuvent bien rêver de prendre les villes au filet, dans le quadrillage des longitudes et des latitudes, afin qu’on les retrouve toujours au même endroit. Les ivrognes et les artistes, qui savent observer, ont compris que les villes dérivent à tous vents, et voguent sans fin sur les campagnes ondulantes.

À preuve le Fribourg de Jean-Pierre Humbert!
Sur un roc au profil d’étrave, l’élancement d’une mâture gothique: cette ville fut armée pour tailler sa route à travers les houles de l’histoire. Elle ne cesse d’échapper à la nuit qui tombe dans son sillage. Toute vibrante d’énergie, elle navigue vers la fin des temps, vers le naufrage inéluctable et apaisant. L’équipage a mis sa confiance dans une longue familiarité avec l’au-delà.

«O mort, vieux capitaine, il est temps! Levons l’ancre…»

LA COLÈRE – Technique mixte – JPH – 2006-1990


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par l’écrit d’un auteur à chaque fois différent.

Ci-dessous, le poème d’ Étienne Chatton qui illustre ma représentation de LA COLÈRE, l’un des Sept Péchés Capitaux.

Fondateur, notamment, du Centre International de l’Art Fantastique du Château de Gruyères, Étienne Chatton nous a quitté le 31 décembre 2007. Voir le film que lui a consacré l’Association Plans Fixes

 

LA COLÈRE

Par Étienne Chatton
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Ton sur ton de grisaille, manies d’enfant sénile
Qui conserve le temps dans ses boites à sardines
Quel architecte fou sur l’infini d’ennui
A planté ses mâchoires aux molaires de buildings ?

Le Ciel de traîne usé des printemps en souffrance
Bat l’écrasant rappel de la vie qui s’achève
Aux fenêtres aveugles, collées de purulences.
Une histoire sans mémoire de mort-nés écrasés
Levures et balayures d’époux irréprochables,

Ô Jupiter, lance Tes ponts, unis les sphères du dais astral
Fulmine dans l’azur Tes féroces fougères aux venins de crotales.
Hors du visqueux magma fais exploser nos rages abyssales.
Aux filles filiformes, cuissardes de cigognes, fulgure un jet de foutre.
Que Tes gongs d’hélium en musique jubilent des alphabets de feu
Au poitrail de pierre des montagnes, accroche Tes médailles.

Quand Tes furieux désastres emporteront nos alluvions
Tristes variations des morts en sursis, dont on enduit
La crevasse des rues et leurs sens interdits,
Aux cascades vêtues de blanches robes de moniales,
Rastas, loubards, rockers, servants de messes putassières,
Poignards de chair, gainés d’envie et de COLÈRE,
Reviendront assoiffer la part perdue des dieux.


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COURRIER DES LECTEURS

poème que j’apprécie , théâtral et classique. on voit le  poète sur le devant de la scène- est-il en toge tiens pourquoi pas..? à clamer 😉

dans un pays qui jardine ses paysages, pratique le consensus, brasse les couleurs jusqu’au marron,  il est difficile d’être  le seul artiste dissident politique et philosophique clairement affiché dans chaque œuvre.  en général, au bistrot  ils sont contre mais dans leur art, ils parlent d’autres choses.  (et moi-même, qui ne suis pas des artistes, je me garde de m’exposer)   on te dit “surréaliste. ou fantastique” , pour moi, c’est moins sur…

bon dimanche
colette maillard

PLEINE LUNE – Lithographie – JPH – 1997


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
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Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Ci-dessous, ma lithographie PLEINE LUNE commentée par Emile Aebischer (Yoki) 1922-2012 – Voir des œuvres de Yoki – Article paru dans LE TEMPS


PLEINE LUNE

Texte de Emile Aebischer (Yoki)
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Reconnu comme un graveur connaissant toutes les finesses d’un métier éprouvé, Jean-Pierre Humbert a su rendre ici la poésie intime d’un lieu familier en une lithographie dont la granulométrie est d’une finesse inhabituelle. Une partie de son paysage préalpin, aisément reconnaissable, va se fondre dans une lumière de type lunaire. « Tenté par le surréalisme ? », lâchez-vous à son auteur. Il vous répondra ne pas se reconnaître sous cette étiquette. Il a cependant l’art de faire coexister les contraires en l’unité d’une composition par la hardiesse lumineuse de son faire.

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COURRIER DES LECTEURS

je te répondrai la bouche pleine de nuages que la réaction du peintre manque singulièrement de sel sous la langue.
tu me diras de ne pas parler la bouche pleine, je sais une pensée claire et l’art de la métaphore, ça vous laisse  sans voix.
vous êtes rassasié d’un coup d’œil
like grave. ..;-)

bon dimanche
colette maillard

Nuit sans lune – Technique mixte – JPH – 2005-1985

 

Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, ma lithographie NUIT SANS LUNE interprétée par Patrick Rudaz.

Après avoir été conservateur du Musée de Charmey pendant 25 ans, Patrick Rudaz a quitté ses fonctions en mars 2018. Depuis, il se consacre exclusivement à son travail de coordinateur du Parc naturel régional Gruyère-Pays-d’Enhaut.

 

NUIT SANS LUNE

Texte de Patrick Rudaz
P
aru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

C’était une nuit noire
Une nuit inquiétante où rien ne surgit d’une brume inexistante
Une nuit apaisante où les ombres absentes ne dessinent aucun monstre
Une nuit fraîche quand les esprits fouettent les sens.

Je suis descendu dans la rue, j’ai pris le chemin dans une pétillante pénombre. Un candélabre. Des phares automobiles. J’ai marché longuement à la recherche d’un peu de vie, d’une place, d’un parc, d’une promenade, d’une rue animée. Je n’ai rencontré personne. Rien vu ou presque.

C’était une nuit éteinte
Une nuit excitante où les corps s’enlacent et se lassent
Une nuit en toute quiétude où la peur s’efface dans les contrastes oubliés
Une nuit moite quand l’âme affleure les corps.

J’ai déambulé dans les rues basses, puis dans les rues hautes. Pas une robe, pas un escarpin, pas la moindre putain. J’ai vu des pierres et des fontaines, des cathédrales et des cafés. Et je n’ai parlé à personne. Rien dit, rien échangé ou presque.

C’était une nuit sombre
Une nuit affolante où le vent brûle la peau
Une nuit douce où la caresse soulage les peines
Une nuit chaude quand le sang afflue aux extrémités.

Dans l’œil de la rue, j’ai aperçu une femme, belle, qui dans le reflet d’un astre défaillant s’enfuyait. Rien à voir, rien à dire. Je l’ai appelée, elle ne m’a pas répondu. Alors je suis rentré, seul. Et chez moi, couché sur un canapé noir, ma main… ou presque.

C’était une nuit sans lune.


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PASSION VIRALE – Technique mixte – JPH – 2020-1997

 

Pour l’artiste scrupuleux, l’œuvre réalisée, quelle qu’en puisse être la valeur, n’est jamais que la scorie de son rêve. José Maria de Heredia 1842-1905

J’ai souvent de la peine à terminer mes tableaux. Ceux qui ne sont pas simplement détruits peuvent passer des décennies sur mes étagères. Lorsque, après bien des doutes et d’incessants changements, je me décide enfin à les signer, ils collent miraculeusement à la réalité du jour. L’instant est gratifiant et confirme le bien-fondé de ma retenue instinctive de départ et valide la patience d’attendre l’heure H.

C’est ce qui s’est passé pour l’œuvre qui accompagne ces quelques lignes. Je l’ai commencée en 1997 et terminée au mois de mai 2020. Intitulée Passion virale, elle représente, à mes yeux, un instantané peint de l’actuelle triste mutation des relations humaines provoquée par le délirant feuilleton covidien. Bien que les barreurs politiques aux ordres de la finance tentent d’escamoter le tsunami économique qui a déjà commencé à déferler, on devine que le prochain épisode sera palpitant et douloureux. Sus à la monotonie et que dure le terrorisme d’état ! À suivre ailleurs que sur les radios, les télévisions et les journaux que l’on vous contraint à financer, sauf si vous aimez les contes de fées.

Je ne me ferai pas l’exégète de mon tableau. Les œuvres picturales n’ont pas besoin de mode d’emploi. On y trouve parfois la pensée qui s’en dégage. Le spectateur qui ne se contente pas d’aimer un peu, beaucoup, ou pas du tout, a une chance de la découvrir et de l’interpréter à son tour. L’artiste n’a pas forcément conscience des mystères ou des pièges que révèle l’image qu’il a produite. À vous de jouer !